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Grand ministère de la sécurité : l’air du temps

Effet de mode ou hallucination collective, à plusieurs reprises au cours des derniers mois, plusieurs personnalités politiques de droite comme de gauche, se sont prononcés pour un grand ministère de la sécurité incluant la gendarmerie, la police, les pompiers et la douane. Si pour certains, on peut excuser le manque de connaissance du sujet, pour d’autres, actuels ou anciens responsables de notre administration, l’idée avancée ne peut que laisser perplexe.

En effet, à ce compte là, pourquoi s’en tenir à si peu d’agents, la délinquance en zone rurale mérite aussi l’intégration des agents de l’Office National des Forêts dans ce grand ministère, de même la recrudescence des agressions commises par des primo délinquants dans les bacs à sable de nos squares méritent à coup sûr la création d’un grand corps des gardiens de square ayant vocation à intégrer cette nouvelle supra structure.

Quelles conclusions tirer de cette proposition ?

Premièrement, une méconnaissance totale de nos missions, faut-il rappeler que nous sommes avant tout une administration fiscale dont la colonne vertébrale demeure le contrôle des marchandises. Si, incidemment, nous sommes amenés à contrôler des personnes ou à assurer des missions de sûreté, il ne s’agit en aucun cas d’une missions prioritaire. Bien entendu, il est rare que les marchandises se déplacent toutes seules et c’est dans ce cadre que s’effectue le contrôle des personnes.

Deuxièmement, nous travaillons déjà dans un grand ministère, le MEFI, et il ne nous semble pas que le fait d’être rattaché dans ce grand ministère avec de nombreuses autres directions ait, jusqu’à ce jour, permis d’obtenir de grands résultats conjoints dans la lutte contre la fraude fiscale. Si la synergie des services avaient un jour existé autrement que dans des notes de services incantatoires, nous aurions eu à la connaître. L’empilement des structures n’a jamais permis d’accroître leur efficacité.

Troisièmement, le manque de reconnaissance des autorités politiques pour nos missions semble patent, est-ce à dire qu’ils n’ont pas eu à les connaître ?  Sans doute,  et là nous touchons le noeud du problème. En effet, à force de réclamer à corps et à cris une place légitime, de récupérer dans la précipitation des missions bien éloignées de la lutte contre la fraude ou du commerce international, nous avons fini en externe comme en interne par brouiller notre image.

Ce grand ministère de la sécurité n’est donc, en fait, que le symptôme de la grave maladie qui nous touche depuis plusieurs années et qui pourrait nous conduire, si nous n’y prenons garde, à une mort lente et programmée. D’autant que la maladie semble prendre de l’ampleur et atteindre désormais certaines couches d’agents qui appellent de leurs voeux, et en tout cas dans la mise en musique de leurs revendications, à la création de ce grand ministère. Il est certain qu’à force d’accomplir quotidiennement des missions de sûreté et de sécurité, on finit par perdre le sens de son action, à fortiori lorsque des revendications légitimes et fondées ne rencontrent que le mutisme de  nos même décideurs politiques depuis des années.

Le danger est donc grand et la responsabilité collective car, à force de vouloir préserver des intérêts particuliers et de petits duchés, nous avons collectivement mis en danger la pérennité de nos missions  qui restent essentielles dans un monde chaque jour plus déréglementé pour les marchandises et le commerce et plus dur envers les hommes.

A ce titre, douane 2005 aurait pu constituer un point de départ salvateur si nous avions commencé par un inventaire contradictoire et pris en compte, au moins une fois,  le monde qui nous entoure. Malheureusement, le processus s’apparente plus pour le moment à un grand défouloir des frustrations accumulées, et elles sont nombreuses, qu’à une véritable réflexion qui nous permette, une fois notre droit d’inventaire exercé, de refonder notre administration dans son rôle régalien de régulation du trafic des marchandises.

A force de déshabiller Paul pour habiller Jacques, nous finirons par nous retrouver tout nu au moment même où nos missions prennent place dans les attentes de nos concitoyens pour un monde plus régulé et plus solidaire. Ne restera plus alors qu’à proposer la création d’un grand ministère des anciennes administrations disparues.

 

© Solidaires-Douanes 2006