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Les ravages de lilléttrismeOn peut être cadre supérieur et même DI et ne pas savoir (ou vouloir !) lire un texte de loi correctement. Telle est la situation qui sest rencontrée à la DNRED jusquà la fin de lannée 2001. Lobjet de cette myopie cest lODJ, et plus spécialement larticle 28-1 du code de procédure pénale qui la instauré . Cette pauvre réforme avait déjà subi bien des vicissitudes avant de voir le jour, et voilà que la DNRED, qui avait pourtant tout fait pour quelle naisse, la rejetait totalement. Pas facile à comprendre de lextérieur alors même que la DNRED devait accueillir et bénéficier de la présence de ces agents habilités en son sein. Oui mais précisément il y a le 28-1 ! Et il savère que ce texte ne dit pas vraiment ce que certains espéraient . Du coup ça boude, ça grinche, ça crise ! Et au pire moment, au moment où les saisines judiciaires commencent à arriver , lambiance nest pas vraiment sereine, cest le moins que lon puisse dire. Ce texte est-il donc maudit ? En fait pour tous ceux qui ont vécu les 2 années et demi qui viennent de sécouler un constat brutal simpose : à lexception peut être de quelques très rares spécialistes, personne en Douane navait compris ce que cette réforme signifiait réellement pour ladministration. Et le constat vaut du haut en bas de léchelle : la réalité est quon a invoqué lODJ de manière totalement magique, incantatoire, sans voir ses implications. Longtemps dailleurs les stagiaires furent les seuls à percevoir la révolution quimpliquait cette réforme en matière de contentieux, dorganisation, de méthodes générales de travail pour la Douane tout entière et bien sûr en matière de statut. Aujourdhui encore il ny a guère que dans le discours du directeur général lui-même que les ODJ trouvent une prise de conscience réelle des enjeux. Et, à chaque groupe de travail sur la question les organisations syndicales sont surprises de voir les réticences des services de la direction générale à tirer les conséquences de cette réforme que la Douane a tant revendiquée. Il est vrai quentre-temps les opposants au projet se sont révélés au grand jour. Ils sont apparus en tout premier lieu dans la hiérarchie de la DNRED dont le comportement à légard du magistrat délégué sest caractérisé par une série de mesquineries et dobstructions telles que les organisations syndicales ont du en appeler au DG lui-même pour quil siffle la fin de partie. Le climat sest détendu avec larrivée du nouveau DI mais lhostilité au dispositif demeure reine dans les rangs de la hiérarchie de la DNRED même si tous ne la partagent pas. Comment a-t-on pu en arriver là ? Tout simplement parce que ces messieurs ne savent pas lire une loi et quils ont fantasmé sur un texte dont ils nont pas compris la portée. Leur idée : la douane judiciaire une force dappoint à la douane administrative, destinée à parachever quelques beaux " coups " , et permettant à ceux qui lauraient commandée de faire plus vite carrière en se prévalant dun palmarès dans lequel dailleurs ils nont aucune part. La réalité : La douane judiciaire est une force autonome, placée sous la direction opérationnelle dun magistrat détaché auprès du directeur général, au service de la Douane tout entière et non de la seule DNRED, et contrainte de travailler avec des exigences procédurales inconnues jusqualors et dont on ne peut saffranchir. Inutile de dire que la découverte de cette réalité fait grincer bien des dents et que les agents habilités en ont ras la casquette dêtre considérés par certains membres de la hiérarchie DNRED comme des " traîtres ", des étrangers à leur propre direction. Il nest dailleurs pas difficile de prévoir que la mise en place du système nous réservera encore son lot daffrontements puisque la direction générale a, jusquà ce jour, refusé daffecter un budget et des moyens de fonctionnement autonomes à la douane judiciaire, et que les effectifs nont pas encore été remplacés. Pour les opposants au projet, face à la dynamique propre de la douane judiciaire, la stratégie a changé. Il ne sagit plus aujourdhui ( ou plus seulement ) de faire obstruction au projet mais de prédire , sans crainte du ridicule, lapocalypse, la fin de la Douane et de ses pouvoirs dissoute dans une administration judiciaire ambitieuse et tentaculaire. Proférées avec assurance par les plus hautes autorités de la DNRED ces insignes conneries ont pu, en leur temps, impressionner jusquaux responsables de la DG. Voyons plutôt ce quil en est dans les faits en reprenant les arguments un à un. Argument numéro un : la douane judiciaire va faire disparaître la douane administrative. Faux, évidemment ! Outre que la disproportion des effectifs ( 200 ODJ peut être au terme de la réforme ) rend le pronostic risible, rien dans le principe de la réforme ni dans les ambitions du ministère de la Justice ne postule pour une telle absurdité. En revanche il est vrai que la voie judiciaire qui nous est maintenant plus largement ouverte oblige à repenser les stratégies contentieuses et à se poser, en amont dune enquête, la question de savoir sil vaut mieux choisir la voie administrative ou la voie judiciaire pour mener à bien des investigations. Et on comprend que cela ne sera pas facile pour nombre de directeurs régionaux, tout simplement parce quils ne disposent pas de la compétence technique pour opérer ce choix. Il sera donc indispensable quils se rapprochent pour cela du magistrat détaché. Argument numéro deux : la douane judiciaire porte atteinte au droit de transaction. Ridicule ! La seule limite que la loi impose est quon ne peut plus transiger ( et heureusement !) lorsque lon décide de faire traiter une affaire par la douane judiciaire. Mais le libre choix demeure pour toutes les autorités de transaction ( DR, DG, Ministre ). On peut juste souhaiter que certaines pratiques incohérentes que lon voit encore trop aujourdhui cessent, et quen particulier on ne saisisse pas la justice sur des dossiers où linfraction douanière a fait lobjet dune transaction préalable. Argument numéro trois : La douane judiciaire est le cheval de Troie de la justice en vue de prendre possession de la Douane parce quelle a échoué sur la Police. Un peu de modestie ne peut pas nuire ! Le Ministère de la Justice a peut être, comme toute institution, des ambitions, mais les préoccupations de la société française réclament tout de même dautres moyens, même en matière financière, que les quelques agents qui constituent le service à naître. Occupons nous donc dabord de nos propres affaires, et en particulier de tout le terrain que nous abandonnons, et laissons les magistrats se débrouiller avec les problèmes de criminalité ou laffaire ELF. Argument numéro quatre : les ODJ vont constituer une structure sans hiérarchie et incontrôlable. Largument relève de la plus parfaite mauvaise foi. En effet les ODJ sont gérés et notés par la DNRED. Leur désignation pour chaque enquête est faite par le DI de la DNRED qui a déjà refusé certaines équipes qui lui étaient proposées. Enfin, pendant la phase denquête judiciaire, ils sont placés sous la direction administrative dun magistrat délégué aux missions judiciaires qui a le titre et exerce la fonction de sous-directeur de ladministration des Douanes. Si on ajoute à cette tutelle administrative celle quexerceront, au plan judiciaire, les magistrats mandants le procureur général de Paris et les chambres de linstruction, le moins quon puisse dire est que les ODJ ne se sentiront jamais seuls. En fait cest là où perce réellement soit la stupidité soit la mauvaise foi puisque ce que souhaitaient sans doute ces critiques du système , cétait commander les ODJ à la place des magistrats mandants, cest à dire en fait le contraire même de la réforme votée par le parlement. La seule vérité qui apparaisse nettement à ce sujet cest quil nexiste pas encore, et sans doute pas avant quelques années, de hiérarchie intermédiaire capable de conseiller ou dorienter les agents en enquête judiciaire . Elle devra nécessairement émaner des rangs mêmes de ces personnels comme ce fut le cas autrefois par exemple pour les informaticiens ou les personnels aériens. Argument numéro cinq :la douane judiciaire ne rapportera pas dargent puisquelle privilégiera les poursuites pénales à la saisie des marchandises ou à la transaction. On ne sait pas encore si la douane judiciaire rapportera de largent ou non, mais ce quil y a de certain cest que largument est tout de même étrange puisque cest précisément pour aller plus loin que les constatations administratives actuelles que la douane judiciaire a été conçue. Son objectif est bien de répondre aux demandes de la justice laquelle recherche des responsables à condamner et pas seulement des kilos saisis ou des francs (euros) notifiés. Et pourtant si la réforme de lODJ nencourt pas les critiques ridicules qui viennent dêtre énoncées, elle pose cependant des problèmes lourds pour lavenir. Pour SUD, le recours au judiciaire na jamais été la panacée universelle, et il ny a que les libéraux pour croire que le juge peut régler, à la place du politique, tous les problèmes de la société. Si donc nous avons soutenu la réforme cest pour ajouter un instrument nouveau à la lutte contre la fraude qui est notre première mission. Il ny a donc pas besoin dêtre grand clerc pour comprendre que lavenir de la Douane et du contentieux suppose une adaptation à lenvironnement qui sera le nôtre dans les années à venir. La douane judiciaire ne mettra jamais en péril larticle 60 du Code des Douanes ou le droit de communication , dailleurs beaucoup plus solides que certains ne le disent. En revanche elle permettra à la Douane de dialoguer avec les autres administrations douanières en Europe et, espérons le, de nous ouvrir à dautres missions économiques et financières porteuses davenir. En attendant la difficulté naît de ce que peu de personnes en Douane sont préparées à comprendre que la culture et la logique douanière doivent sadapter à une pensée différente qui utilise des termes barbares pour nous comme "imputabilité des responsabilités", "causes dexonération", "infractions connexes"etc... La police baigne là dedans depuis sa naissance. Nous, nous allons devoir tous apprendre ces nouveaux réflexes, non pour renoncer à ce que nous sommes et aux moyens juridiques qui sont les nôtres, mais pour mesurer au mieux, dans chaque hypothèse , la meilleure voie de lutte contre la fraude qui soffre à la Douane pour accomplir sa mission. La direction générale commence à prendre conscience de leffort énorme qui sera demandé notamment aux ODJ, mais horrifiée à la pensée que cette mutation puisse naturellement postuler une réforme statutaire, elle freine des quatre fers pour engager une réflexion sur ce thème. Nous on veut bien , mais la DG est-elle sûre de la fidélité de ses troupes et de lenthousiasme de nouveaux postulants ? La vérité est ce que ce "28-1" nenthousiasme guère les magistrats qui le trouvent bien peu commode à utiliser. Ne nous y trompons pas, cette réforme peut échouer et les conséquences de cet échec seraient dramatiques pour notre administration, qui perdrait là un atout décisif pour son avenir. Raison de plus pour comprendre que ce nest pas en emmerdant les ODJ que lon va gagner cette bataille, mais plutôt en acceptant de tirer les conclusions de ce qui ne sannonce pas une sinécure . NB : larticle 28-1 du code de procédure pénale est celui qui définit les modes de nominations, de gestion et les compétences des ODJ |
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© Solidaires-Douanes 2006 |