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L’ASSISE DE FRANCOIS

Communiqué suite au discours du Premier ministre lors de la réunion de lancement de la Révision générale des politiques publiques

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Le dix juillet dernier, François Fillon réunissait Eric Woerth, André Santini, Eric Besson ainsi qu’un aréopage de hauts fonctionnaires afin de donner le coup d’envoi de son grand œuvre, la «révision générale des politiques publiques», c'est-à-dire résoudre le problème de la quadrature du cercle budgétaire en alliant «plus de croissance, plus d’emplois, plus de cohésion sociale» avec la «modernisation de l’Etat», c’est-à-dire moins de fonctionnaires et moins d’argent dans les caisses de l’Etat.

Pour illustrer son propos, le Premier ministre choisit d’invoquer un précédent audacieux, les administrations devenues entreprises publiques. En remplaçant des fonctionnaires par des contractuels à durée plus ou moins déterminée, en en supprimant les notions d'usager et de service public comme cela est le cas chez France Télécom par exemple ? Et Fillon de poursuivre: « cette nouvelle administration, c’est notre projet».

Le même décrit le rôle de ministre comme celui d’un «manager», invoque les mânes états-uniennes, britanniques et canadiennes pour appeler à sa «révolution dans la réforme de l’Etat». Il y a belle lurette que nos gouvernants multiplient les discours de réforme de l’Etat, et Fillon reprend les vieilles rengaines du «faire mieux et à moindre coût» et du «partage équitable de gains de productivité»(50 % des économies seraient répartis –sans nul doute équitablement- entre les fonctionnaires) destiné à amadouer les agents.

Toutefois Fillon va plus loin que ses prédécesseurs. Cette nouvelle administration est juste un emballage de la façon dont va se passer le cœur de la réforme. Le Premier ministre aborde juste mais ne discute pas ce qui constitue son objectif principal: «si nous nous bornons à remplacer un fonctionnaire sur deux comme nous l’avons promis (...)».  Le message est clair: le nouveau président a fixé des objectifs et le gouvernement n’y dérogera pas. Seul l’emballage est modifié. Peut-on encore parler de dialogue social lorsque nous savons que les critères budgétaires primeront sur la notion de service public?

Il y a en fait pour le gouvernement une donnée fixe- c’est le nombre d’emplois supprimés-, et une variable -c’est la méthode-. Cela passe tout d’abord par un «dialogue social» revu et corrigé, déconcentré (sans doute comme les discussions tests dans les DI et Montpellier, Rouen et Lyon chère au DG Jérôme Fournel) dont on commence à sentir les effets en douane. Morceler les réformes, c’est surtout diviser les personnelset ôter aux agents la possibilité d’opposer un front unitaire à la casse de leur administration.

A titre inter directionnel, la «réforme de l’Etat» passe aussi par le bouleversement de la gestion des ressources humaines, c’est-à-dire l’amplification des fusions de corps de fonctionnaires et «la simplification décisive de l’architecture des statuts particuliers» comme le dit si poétiquement le Premier ministre. Des statuts différents posent problème pour fusionner puis réduire les effectifs, or l’architecture actuelle du gouvernement multiplie les mises à dispositions de personnels gérés par un autre ministère que celui qui les accueille. La place des gendarmes, par exemple, pose toujours problème à l’intérieur, ce qui n’a pas pesé en faveur de l’intégration d’un autre corps il y a quelques semaines...

Au-delà des mots, le discours de François Fillon trahit une véritable posture idéologique. Si il cite Nietzsche et Montaigne, il attribue à un anonyme du XIXème siècle (sic) sa conclusion: «un Etat sans moyen de changer se prive des moyens de se conserver». Il s’agit en fait d’une citation d’Edmund Burke (1729-1797), violent adversaire de la Révolution de 1789... dès ses débuts, et auteur fétiche des cercles (ultra)libéraux. Les mêmes libéraux qui demandent la fin des «privilèges» sociaux des fonctionnaires et du droit de grève.

A ceux que les discours de notre Premier ministre sur la fonction publique d’Etat  plongent dans la consternation, nous adressons une phrase du même Burke: «Ne cédez jamais au désespoir, mais, si cela devait vous arriver, luttez avec l’énergie du désespoir».

Paris, 13 juillet 2007

 

© Solidaires-Douanes 2007