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Retraites (Février 2002)37,5, une fièvre égalitaireAlors que les échéances électorales approchent, les dernières avant plusieurs années (sauf dissolution, ce sont des choses qui arrivent...), le débat sur les retraites ressurgit avec plus de vigueur et, malheureusement, toujours la même optique pensée unique. Les solutions ne semblent exister que dans un sens, l’augmentation de la durée de cotisation des fonctionnaires et, en corollaire, la mise en place de fonds de pension. Solution unique face à laquelle toute alternative est immédiatement considérée, avec le mépris et la morgue qui caractérisent malheureusement le plus souvent une grande partie de nos élites, comme chimérique et néfaste. Même si nous ne pensons pas détenir les clés de la vérité sur le sujet, il serait quand même bon qu’un vrai débat s’instaure et qu’à fortiori tous les arguments puissent faire l’objet de la même volonté d’analyse, à défaut, il s’agirait d’un monologue, tragique au demeurant. 37,5 annuités pour tousLe propos pourra paraître audacieux, utopique pour certains, dangereux pour d’autres, voir tout simplement irréaliste. Il est indéniable que sur le sujet l’inconscient collectif, sous couvert de rapports et de déclarations péremptoires, a été très largement travaillé pour ne pouvoir entendre, à défaut d’écouter, qu’une seule et même musique. Une symphonie analogue d’ailleurs a largement retenti lorsque les 35 heures ont été mises en place. À ce propos, il est pour le moins surprenant qu’après avoir réduit la durée du temps de travail, on propose d’allonger la période d’activité, aussi bien pour le public que pour le privé. D’autant plus que, sous couvert d’aligner leurs durées de cotisations, l’objectif poursuivi reste, quoi que certains en disent, de faire sauter le verrou qui empêche la mise ne place de retraites à la carte dans le privé (Cf. le rapport Charpin et les propositions du Medef). Volonté singulière alors que, dans le privé, deux personnes sur trois arrivent à la retraite sans être en activité. Mais il s’agit avant tout, à notre avis, de justifier une baisse du montant des pensions sous couvert de catastrophisme ambiant et par là même de présenter comme inévitable la mise en place de fonds de pension. Papy boom et baby boom…Toutes ces analyses et rapports de gens sérieux et responsables dressent un tableau démographique inquiétant, à l’appui duquel toutes les hypothèses les plus négatives sont conviées. Il y eu tout d’abord une irrémédiable baisse de la natalité, propos devenu obsolète depuis trois ans où celle-ci a connu un vif regain. Ainsi, ceux là même qui veulent rendre crédibles leurs prévisions à vingt ans se sont trouvés dans l’incapacité de se projeter sur une période beaucoup plus courte. À leur décharge, la démographie n’est pas toujours une science exacte mais il conviendrait alors que nos experts prennent la peine de relativiser leurs propos. De même, sous couvert d’une augmentation de la durée de vie moyenne des français rapide et exponentielle au cours des dernières décennies, on nous présente comme un fait établi la prolongation de ce phénomène. Mais alors pourquoi de nombreux scientifiques constatent que cette espérance de vie ne pourra désormais s’accroître que de manière lente, à moins de pouvoir agir sur le processus de vieillissement lui-même. Difficile dés lors d’établir des projections funestes à moins de savoir lire dans le marc de café, il convient alors de relativiser et de ne pas s’en tenir à un seul son de cloche, le débat en sera alors moins vicié. Une société de partageLe pacte social sur lequel repose notre société est (je n’ose écrire "a été") fondé autour des principes de partage et de solidarité et, c’est une évidence, il se tourne le plus souvent en faveur des plus démunis. Il s’agit donc avant tout, dans le dossier des retraites, d’une question portant sur le partage des richesses de notre pays, le fond du débat reposant sur les paramètres de répartition. Doit-on, comme le souhaitent certains, figer la part du PIB destiné à financer les retraites par répartition? C’est-à-dire, dans les faits, maintenir à l’identique les cotisations patronales et par conséquent augmenter uniquement les profits des entreprises et obliger, dans ce cas, les salariés à se tourner vers les fonds de pension ? À ce sujet, la débâcle d’Enron peut laisser dubitatif (cf. ici sur la prétendue pérennité d’un tel système. D’autant que, pour la plupart des fonds de pension américains, l’échéance approche à grands pas où il va falloir qu’ils se désengagent en partie des marchés pour régler les pensions. À défaut d’une mise en place rapide de fonds de pension sur l’ensemble de l’Union Européenne le risque d’un effondrement des cours est manifeste et, par conséquent, du dispositif même des fonds de pension. Il s’agit donc là, avant tout, d’une fuite en avant, le danger le plus grand n’étant pas forcément là où certains veulent nous faire croire qu’il soit. Le coût social d’un tel système pourrait donc être nettement plus exorbitant et, dans les faits, générerait un accroissement des inégalités et un délitement du pacte social. C’est donc avant tout un véritable choix de société qui nous est proposé, mais encore faut-il pour cela que les conditions soient réunies pour un véritable débat contradictoire où les arguments de chacun ne soient pas pervertis et décrédibilisés. L’enjeu est considérable. |
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