LA ROCK & LOLF ATTITUDE.
Compte-rendu du groupe de
travail LOLF du 15 décembre 2004.
Pour lire la déclaration
préalable à ce groupe de travail, cliquer ICI.
Le 1er janvier 2006, en Douane comme dans tous les services des administrations
d’Etat, les dispositions de la LOLF (Loi Organique relative aux
Lois de Finances) seront mises en œuvre. A l’évidence,
ce qui nous est présenté sous couvert d’une conversion
de l’Etat à la culture du résultat ne constitue pas
un simple replâtrage de la procédure budgétaire française
mais bien une profonde mutation des règles de la gestion publique.
Cette réforme entre pratiquement dans sa dernière ligne
droite.
LOLF Story 3 :
Dans sa déclaration préalable, Solidaires Douanes a pointé
l’opacité de l’administration dans la mise en place
de la LOLF. Délibérément, à tous les niveaux
c’est une démarche de non transparence qui prévaut.
La globalisation des crédits, les nouvelles méthodes de
gestion, l’élaboration des indicateurs de résultats
et de suivi, le pilotage de la performance vont pourtant modifier substantiellement
les conditions d’exercice de nos missions. En dépit de cet
enjeu majeur, le dialogue social avec les représentants du personnel
est réduit à la portion congrue.
En 2002, les organisations syndicales ont été informées
de la batterie des indicateurs de gestion (24 au total), sans débat
de fond sur la pertinence et la fiabilité de ces nouveaux outils.
Par la suite, les protocoles d’expérimentation n’ont
été communiqués que très tardivement en 2004,
alors qu’ils avaient été établis fin 2002…
Tout ceci malgré l’engagement du directeur général
en CTPC. Quant aux bilans de ces mêmes expérimentations,
les éléments livrés par l’administration demeurent
largement parcellaires. Les choix et les modalités de confection
des différents indicateurs n’ont toujours pas fait l’objet
d’une mise à plat véritable.
Toujours dans le cadre de sa déclaration préalable, Solidaires
douanes a rappelé le cadre contraint dans lequel la LOLF s’insère:
dogme de la réduction des emplois publics, logique comptable de
gestion au détriment du périmètre des missions, réduction
des dotations, etc. Nous avons par ailleurs demandé la convocation
d’un Comité Technique Paritaire Central sur la LOLF dans
les meilleurs délais, afin de se positionner avant que l’ensemble
des décisions et des arbitrages soit arrêté sur un
projet dont l’administration elle-même considère qu’il
va impacter durablement l’organisation des services.
Notre délégation a par ailleurs demandé des clarifications
sur une série de points, qui demeurent à ce jour dans un
flou qui n’a rien d’artistique :
- Comment seront affectés les budgets opérationnels de
programme? Pour certains d’entre eux quelle instance paritaire
de concertation faudrait-il créer ?
- Le listage exhaustif de l’ensemble des indicateurs, tant à
usage externe à destination de la représentation nationale,
qu’en interne.
- Les incidences en terme de gestion du personnel ?
- Quels moyens matériels en fonction des objectifs assignés
?
L’administration lors de ce groupe de travail s’est efforcée
de convaincre les représentants du personnel qu’elle se situait
dans une démarche pragmatique, afin de dissiper les interrogations
du personnel. Le nouveau dispositif ne sera pas utilisé comme une
machine de guerre à l’encontre du personnel, même si
monsieur Bonnet n’a pas exclu quelques dérives locales. Nous
jugerons aux actes, mais comme le dit le vieil adage les promesses n’engagent
que ceux qui y croient.
Une globalisation des crédits à pas de LOLF ?
En douane, le dispositif d’expérimentation sera étendu
au cours de l’exercice budgétaire 2005 à 23 circonscriptions
se rapportant à 47 % des effectifs et à 43 % du budget de
la douane. Ce périmètre expérimental est censé
prendre en compte la diversité des problématiques douanières:
circonscriptions connaissant un « turn over » significatif
(Roissy, Le Havre), inter régions maritimes (Rouen), directions
à forte masse salariale (Roissy, Leman), centres informatiques
(CID , DNSCE), directions fonctionnelles (DNRED), directions d’outre-mer
(La Réunion).
Dans la perspective de la mise en place en 2006 des Budgets Opérationnels
de Programme (BOP), concernant les dépenses de personnel, toutes
les circonscriptions avant le terme de l’année 2004, auront
construit, débattues avec la direction générale et
valorisées au moyen d’un outil de calcul commun un budget
prévisionnel 2005 des dépenses de personnel.
Une nouvelle règle de gestion des crédits et des emplois
sera mise en œuvre en 2006. Il y aura en effet fongibilité
asymétrique des crédits. En clair, le gestionnaire a autorité
pour affecter des crédits votés dans le cadre de l’enveloppe
globale, mais, c’est cela l’asymétrie, s’il peut
utiliser des crédits d’emploi pour effectuer des dépenses
d’investissement ou de fonctionnement, par contre l’inverse
est interdit.
Le PAP est-il infaillible ? (Plan Annuel de Performance).
Cette démarche nouvelle de fonctionnement des services qui précisera
les objectifs, les indicateurs de mesure et les moyens à mettre
en œuvre est d’ores et déjà largement engagée.
Les organisations syndicales ont été soigneusement tenues
à l’écart dans cette phase de travaux préparatoires
tant au plan régional que national.
Pour s’en tenir aux implications au sein de la douane, toutes les
circonscriptions d’ici la fin de l’année 2004 auront
mené un dialogue dit de performance avec la direction générale,
concrétisé par l’établissement d’un protocole
de performance fixant les axes pour 2005.
Des conférences budgétaires et de performance se sont tenues
avant le terme de l’année 2004. Tout en s’inscrivant
dans le plan annuel de performance national (le PAP de la douane) les
chefs de circonscription territoriale ou fonctionnelle ont été
convié à proposer des objectifs complémentaires adaptés
aux caractéristiques et à la configuration de leur direction,
dans la limite de quinze au maximum.
Afin de faciliter une déclinaison opérationnelle sur le
terrain, les directions ont proposé des valeurs cibles de performance:
en clair, l’implication quantitative de leurs services en référence
aux normes de performance édictées nationalement. De plus,
il a été demandé aux directeurs de proposer des plans
d’action dont l’objet est de décrire les mesures concrètes
envisagées pour la réalisation de trois à cinq objectifs
retenus.
Sur cette question comme sur les autres l’ensemble de ces travaux
a été conduit selon des procédures relevant plus
du secret défense que de la transparence qui aurait été
nécessaire.
Nouvelle cuisine budgétaire et batterie d’indicateurs :
Dans le prolongement d’une mission d’expertise confiée
à l’Inspection Générale des Services, 24 indicateurs
ont été répertoriés et sont en cours de test
pour validation. L’objectif de ces indicateurs n’est pas de
récapituler l’arc des missions douanières mais de
répondre prioritairement aux axes stratégiques retenus au
plan ministériel et interministériel. Ils doivent être
complétés par d’autres indicateurs liés à
des objectifs opérationnels retenus en interne par la douane.
Il est pourtant instructif de prendre connaissance des comptes-rendus
des conférences de performance. On peut y lire par exemple que
les sondages utilisateurs de l’informatique peuvent être utilisés
pour déterminer les axes de performance, que le trafic d’alcool
n’est pas une priorité en matire de lutte contre la fraude.
On y découvre qu’il n’est plus nécessaire de
poursuivre l’effort en matière de lutte contre les contrefaçons
car il s’effectue au détriment du secteur des tabacs, et
tutti quanti…
En tout état de cause, la réflexion se poursuivra en 2005
dans l’ensemble des circonscriptions afin de valider une batterie
d’indicateurs spécifiques à la douane (contributions
indirectes, produits pétroliers, informatique, formation professionnelle
notamment).
Une nouvelle constitution budgétaire :
Un des buts affichés de cette nouvelle gouvernance financière
est de permettre une meilleure lisibilité de l’efficacité
des politiques publiques. Cela pourrait constituer un objectif louable
mais les nouveaux outils de gestion des crédits et des emplois
seront instrumentalisés à d’autres fins.
Pour Solidaires Douanes, cette nouvelle réforme sera un outil supplémentaire
s’ajoutant à la panoplie des politiques de démantèlement
et de restructurations du service public douanier. Et ce ne sont pas les
propos de Raffarin intervenant devant les directeurs des administrations
centrales le 10 octobre 2004 qui sont susceptibles de nous rassurer.
Nous citons : « Nous voulons à la fois baisser les impôts
et réduire les déficits. C’est simple, cela veut dire,
et nous nous y sommes engagés au plus haut niveau de l’Etat,
que les dépenses n’augmenteront pas plus vite que l’inflation
dans les prochaines années. Nous ne gaspillerons la croissance
dans l’appareil d’Etat. Je vous demande donc plus d’ambition.
0,5 % de gain de productivité par an, ce n’est pas à
la mesure des enjeux. Le secteur privé fait couramment 4 à
6 fois plus, sur des fonctions tertiaires similaires. Pourquoi ferions-nous
moins bien ? Pour atteindre cet objectif, il vous a été
recommandé de réexaminer plus systématiquement vos
missions. De fait, hormis quelques exemples d’externalisation et
plus encore de remise en cause de misions,
sont rares. Je vous invite sur ce sujet à proposer aux ministres
des solutions innovantes. »
L’ancien Ministre des finances Laurent Fabius allait dans le même
sens puisqu’il précisait :
« Si dans la lettre la loi organique vise une réforme des
mécanismes budgétaires, il s’agit bien d’une
réforme en profondeur de l’Etat ». (20 novembre 2001,
journée d’études « Piloter l’Etat autrement
»).
Nombre de questions demeurent sans réponse à ce jour notamment
:
- La définition du périmètre des programmes, des
projets et des rapports de performance.
- La définition des indicateurs de résultats qui ne doivent
pas se limiter au ratio coût rendement mais inclure les besoins
sociaux.
- Les modalités et les conséquences des processus de
contractualisation.
Pour Solidaires Douanes Bernard Verin, Eric Beynel et Jacky Châtaigner.
|