QUI A VOLE LE TRESOR DE LA DOUANE?
Monsieur le Président,
L’annonce de votre plan de démantèlement du dispositif naval a
suscité une forte mobilisation du personnel la semaine dernière. Votre
refus de retirer voire de suspendre cette réforme et le renvoi à des groupes
de travail régionaux avant « négociation » nationale, n’est pas de nature à
calmer le jeu. D’autant qu’à ce jour vous ne nous avez donné aucune
garantie quant au maintien d’un dispositif cohérent.
Vous avez pu juger de la dignité et de l’émotion dont ont témoigné
les marins lors de l’audience du 9 février.
La mission douanière et de service public de ces unités ne peut être
analysée uniquement comme une variable d’ajustement budgétaire,
d’autant plus que les restrictions de crédit des années passées ont amoindri
leur capacité opérationnelle.
Cette politique à minima va totalement à l’encontre des objectifs par
ailleurs affichés haut et fort de lutte contre la fraude et de protection de
l’espace économique.
Aujourd’hui, vous nous conviez à un comité technique paritaire dont
un nouveau pan du service public douanier va sortir laminé. La victime du
jour s'appelle "services de garantie des ouvrages en métaux précieux" et
nous ne devons qu'à un opportunisme politique et/ou ministériel de ne pas
assister ce jour à un festin de restructurations, la "modernisation" de la
LCF étant ainsi remise au printemps. De fait, c'est à une boulimie de
réformes que nous assistons depuis quelques temps (marins, LCF, AG,
Garantie), et l'on est en droit de se demander ce que le service public de la
douane a commis comme forfait inexpiable pour justifier une telle
exécution.
A moins que ce ne soit simplement celui d'exister et d'oser encore
contrarier les intérêts des gagnants d'une mondialisation libérale au sein
duquel l'intérêt général de la collectivité n'a aucune place. Ainsi, ce CTPC
ne dérogera pas à la règle des précédents en matière de réforme : toujours
moins de fonctionnaires pour toujours moins de service public. Renaud
Dutreuil va pouvoir être ravi; moins le citoyen qui, lui, voit disparaître ces
services publics dans lesquels il plaçait jusqu'alors une confiance légitime.
Ainsi la garantie publique des métaux précieux ne se remettra sans
doute pas avant longtemps des coups de butoir que vous comptez lui
porter, si toutefois elle parvient à survivre à la prochaine restructuration. L'intitulé même de « Réingénierie de la Garantie » a en vérité un seul but :
dissimuler derrière une technicité d'opérette, au moyen d'une sémantique
typiquement libérale, le démantèlement du service public au profit de
l'autorégulation par le marché. Il est vrai que, même pour un libéral, dire
que l'on va privatiser un nouveau service public n'est plus un slogan très
vendeur. "Externaliser", "Moderniser" ou "réingéniérer" passent mieux,
comme chez Moulinex, peu avant le dépôt de bilan.
Au final, tout indique que le public a tout à redouter des impératifs de
rendement à court terme du service privé, en parfaite contradiction avec
une garantie d'ouvrage de qualité. Qualité d'autant plus en danger qu'elle
sera soumise aux impératifs d'un marché toujours plus dérégulé. Tout cela
au nom d'une idéologie qui voudrait faire passer l'intérêt privé des
opérateurs pour l'intérêt général de la collectivité toute entière.
Concernant les services de garantie, comment comptez-vous
endiguer la fraude massive que votre réforme va grandement faciliter.
Dans un contexte d’élargissement de l’Union européenne vers l’est et les
pays du PECO d’une part, et de démantèlement des barrières douanières
dans le cadre de l’OMC d’autre part, la libéralisation de cette filièreéconomique et sa dérégulation va permettre aux mafias de redoubler
d’ardeur dans le domaine du blanchiment. Il ne faut en effet pas occulter le
fait que l’or a toujours été une valeur refuge, une valeur étalon.
Aujourd’hui, vous bafouez ces valeurs et les livrer en pâture aux
trafiquants de tout poil.
D’autre part, compte tenu de la large part de délocalisation de ce
secteur d’activité dans les pays du Maghreb, l’Île Maurice et le sud-est
asiatique, champions de la contrefaçon, le marché européen sera à n’en pas
douter très rapidement envahi par une bijouterie de pacotille et de bas
titre ; sans parler du problème à venir d’ « exportation » illicite du poinçon
de garantie sur les lieux même de fabrication.
Par votre hâte à tuer le service public sans prendre la peine de mettre
en place les gardes fous nécessaires, vous allez donc contribuer à
multiplier et développer les vecteurs de fraude, comble pour une
administration au demeurant régalienne et répressive.
Votre naïveté laisse pantois les agents des bureaux de garantie tant,
par cette réforme, vous vous rendez complices de la mise en place des
futurs réseaux de fraude. Vous trahissez par là même l’engagement de
notre administration à protéger le consommateur.
Par ailleurs, jamais une administration n’avait jusque là osé instaurer
les principes d’une situation de concurrence déloyale. Vous l’avez pourtant
fait en instituant une contribution de marquage révisable à la hausse pour
les assujettis refusant de se soumettre au conventionnement. C’est tout
simplement une atteinte à la l’équité mais chacun aura compris que c’est là
un nouvel artifice dédié au libéralisme ; ce libéralisme qui favorise Goliath
au détriment de David dans un contexte de mondialisation exacerbé. Au
diable notre artisanat, nos créateurs, notre spécificité nationale de garantie
publique, marque de garantie d’ailleurs mondialement reconnue.
Alors venons-en aux personnels.
Les agents de la garantie se préparent depuis maintenant près de trois
ans à passer à la trappe de la restructuration. Aucun groupe de travail n’a
réellement été dédié à leur sort, hormis celui du 14 décembre dernier sous
l’impulsion d’une intersyndicale qui a exigé que vous vous penchiez enfin
sur leur devenir.
Le constat est alarmant. Vous vous êtes lamentablement réfugiés
derrière une notion de secret professionnel protégeant la situation
individuelle de chacun des agents pour mieux esquiver le traitement de
leur restructuration.
Nous venons vous rappeler que nous sommes élus du personnel et,
qu’à ce titre, nous sommes ici pour défendre leurs intérêts et éviter que vos
décisions ne leurs soient préjudiciables. Nous exigeons donc qu’une large
part de ce comité soit dévolue au plan de reclassement de ces agents ainsi
qu’aux mesures sociales d’accompagnement insuffisantes au regard de ce
qu’ils sont en droit de revendiquer.
Sachez qu’à l’issue de ce comité, nous aurons à cœur d’informer les
agents concernés dans les moindres détails et de reproduire le plus
fidèlement possible vos dires.
De même, nous veillerons également à informer les victimes de cette
profession, et surtout à alerter les consommateurs citoyens sur le risque de
tromperie que vous aurez largement contribué à instituer.
Vos opérations médiatiques sur la lutte contre les contrefaçons et les
grands trafics prêteront alors l’opinion publique à sourire, d’autant que les
restructurations LCF et OP/CO seront également d’actualité.
Concernant la notation nous refusons catégoriquement cette réforme
dont le but recherché n’est ni l’amélioration du service public, ni la prise
en considération des aspirations des agents mais uniquement la mise en
place de la rémunération au mérite.
Pour nous cette réforme, directement liée à la mise en place de la
LOLF et son cortège d’indicateurs de gestion, de performance et
d’activités, déclinés au niveau de chaque service, rompt radicalement avec
la notion de service public. Elle renforce l’individualisme et entraîne la
concurrence des agents, au détriment du travail collectif.
Cette réforme met en avant une culture de résultats qui n’a pas sa
place dans une administration aux missions régaliennes et veut développer
un esprit de compétition des plus malsains. Elle renforce l’arbitraire et
consacre une régression des droits et garanties des agents. Elle va vite
devenir une véritable usine à gaz et à rancœur entre collègues et supérieurs
hiérarchiques, et ceci, selon nous,pour deux raisons :
La première tient lieu à la nouvelle règle de répartition des quotas,
qui va creuser davantage le fossé entre une minorité d’agents à
l’avancement accéléré et la grande majorité des agents, dont pourtant tout
le monde s’accorde à reconnaître qu’elle réalise très correctement ses
missions. Ne jouons pas sur les mots : l’avancement dit normal ne l’est
plus et devient un avancement ralenti lorsque l’avancement de quelques
uns est très accéléré. Et si cela se perpétue dans le temps, cette situation
constitue à la longue une forme de sanction.
La seconde raison tient à l’impossibilité d’identifier, d’isoler, de
justifier, d’évaluer puis de récompenser la réalisation d’objectifs
individuels à partir d’un plan d’action de service, par nature collectif
L’arbitraire, les incohérences et les injustices seront à coup sûr
légion. L’incompréhension aussi.
Enfin, dans le contexte d’incertitude dans lequel vivent les agents
des douanes tous services confondus, compte tenu des questions posées
tant sur la finalité de nos missions que sur le devenir individuel, il est
temps, Monsieur le Président, de nous présenter ce que vous envisagez
pour la Douane de demain. Si nous abandonnons nos missions premières
que sont notamment le contrôle physique de la marchandise et la lutte
contre les trafics, vous ne recevrez ni l’aval du personnel ni celui des OS et
vous ouvrirez la porte à tous les abus qu’une déréglementation peu
provoquer.
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